Maintenance & Entreprise n°632

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Actualités Arts et métiers > Grand Central Témoignage de Claude Dubout, conseiller sur le film de Rebecca Zlotowski « Grand Central ». Vous avez témoigné dans un livre de votre expérience professionnelle comme décontamineur nucléaire. Quel est votre sentiment sur cette question si délicate et polémique ? Cela fait trente-deux ans que je travaille dans le secteur nucléaire, dont plus de vingt ans comme décontaminateur. Mon livre témoigne de la réalité, des espoirs et des désillusions de notre « monde » de sous-traitants, de travailleurs du nucléaire employés dans des entreprises privées et prestataires du nucléaire. J’y parle du monde des invisibles, afin de faire connaître au public, aux proches, aux riverains des centrales, qui sont ces travailleurs. Alors pourquoi envoyer des hommes pour décontaminer ? Simplement pour décontaminer, vous répondra-t-on, pour permettre à d’autres corps de métier d’intervenir dans des conditions radiologiques acceptables. Et c’est vrai, avant d’envoyer les troupes, il faut des éclaireurs pour repérer, estimer, évaluer et assainir. Seulement voilà, la contamination ne disparaît malheureusement jamais tout à fait. La décontamination n’est pas une science exacte, ni un processus technique abouti, la décontamination n’a pour seul résultat que de transférer la contamination d’un endroit vers un autre. Alors pourquoi s’évertuer, alors que des machines existent, à envoyer des hommes flirter avec la mort ? Pour des raisons financières : un homme coûte moins cher qu’une machine. D’où l’emploi de sous-traitants dont la situation est simple : s’ils déclarent une maladie radio induite, l’exploitant ne sera pas tenu responsable mais plutôt l’employeur, c’est ce que l’on appelle l’externalisation des risques. On découvre dans le film ces ouvriers sous-traitant les déchets radioactifs. Le film est-il proche de la réalité ? Oui. Rebecca Zlotowski a beaucoup travaillé pour s’informer, pour s’imprégner de notre vie de sous-traitant. Cette histoire n’est pas seulement la mienne, c’est aussi celle de ces dinosaures, de ces gars qui oeuvrent chaque jour pour faire tourner la machine à fabriquer de l’électricité. Ces hommes, employés par des entreprises prestataires, vivent en déplacement plus de dix mois par an, rendant impossible ou hypothétique toute vie de famille. Ces hommes reçoivent la majorité des doses radioactives, ils effectuent les travaux les plus ingrats, ces travailleurs sont tous les trois ans l’objet de marchandages pour préserver leur emploi (au gré des renégociations des contrats). Ces sous-traitants, qui n’ont pas d’existence légale, sont toujours les principaux responsables lors d’incidents ou d’accidents, ils sont d’office désignés volontaires lors des catastrophes. Pourtant, ils ne gagnent que 1 300 euros en début de carrière et à peine 1 700 en fin de carrière, leur rétribution pour frais de déplacement sur tout le territoire national, n’est que de 60 euros par jour, pour le petit déjeuner, le déjeuner, le dîner et la nuitée ! L’histoire du film est vraisemblable, mais la réalité est souvent plus triste encore, plus cruelle et déroutante, allant pour certains jusqu’à l’alcoolisme ou le suicide. L’état psychologique actuel de cette population est dramatique et inquiétant pour la sécurité de nos installations nucléaires. Comment s’organise ce métier si méconnu ? Ce métier est encore trop improvisé à mon goût. Le métier s’apprend principalement sur le terrain en « copiant les anciens » et surtout en se débrouillant, car il n’existe pas ou trop peu de formation. Le compagnonnage ou le tutorat pourraient être une solution, mais les entreprises prestataires ne 16 Octobre-Novembre-Décembre 2013 – N°632

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